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Communication, création

lu 0 fois | publié le 18/12/2015

Témoignage · « Être directeur artistique, c’est être capable de porter chaque projet, le produire, le rendre visible, mais aussi en construire la mémoire, la logique. Chaque production est une aventure en soi. »

Jean Lambert-wild, Directeur artistique, Théâtre de l'Union – Centre dramatique national du Limousin

Enfant, Jean Lambert-wild rêvait de voyages et de bateaux. En grandissant, son aspiration se poursuit jusqu’à la préparation de l’École de la marine marchande, parallèlement à un cursus de philosophie. Mais il s’ennuie profondément dans les études, et c’est en voyant une pièce de théâtre qu’il décide de réorienter sa vie. Depuis longtemps, il écrivait de la poésie, qu’il envoie un jour de 1994 à Michel Dubois, le directeur de la Comédie de Caen. Celui-ci lui offrira la chance de découvrir sa structure en expérimentant tous les corps de métier. « J’ai commencé par balayer le plateau, alors j’ai appris à balayer très vite pour pouvoir faire autre chose, puis j’ai envoyé le courrier, puis quand il n’y avait plus rien à envoyer je donnais un coup de main au plateau ou à l’atelier de construction, après j’ai été assistant metteur en scène, puis de fil en aiguille, je suis devenu comédien... Dix ans après j’étais le directeur du théâtre dans lequel j’ai commencé balayeur. » Ce parcours atypique, dans la longueur, et la difficulté parfois, fut pour lui un passage formateur, constructif et initiateur, pour devenir directeur artistique.

« C’est un métier qui n’est pas vraiment codifié. Vous ne pourrez pas devenir un directeur artistique par la seule fréquentation d’une école ou d’une formation professionnelle. Ce sont des métiers qui se font par acquisition de savoir tout au long d’un parcours. Et ce parcours, il ne faut surtout pas le prévoir, ni le formater. La richesse des directeurs artistiques tient d’ailleurs lieu de la diversité des origines, approches et regards. »

Jean Lambert-wild exploite donc son expérience singulière et sa connaissance pointue de tous les métiers du spectacle vivant pour en faire une vraie valeur ajoutée quand il postule à la direction du Théâtre de l’Union à Limoges début 2015. Avec Catherine Lefeuvre, la directrice adjointe et Catherine Gravy, l’administratrice, ils coordonnent leurs regards artistiques « à la fois sur la gestion des finances que sur la diversité des approches artistique et politique à avoir pour bien comprendre les stratégies à mettre en place sur le montage des productions, la programmation et le développement international », tout en appliquant le cahier des charges d’un centre dramatique national. Dans ce cadre, il aime à travailler particulièrement sur la question de la francophonie, en développant des projets de production interne à l’échelle internationale. Cette grande diversité d’activités, qui fait selon lui la richesse du métier, implique des journées bien chargées. « Aujourd’hui j’ai commencé à 6h30. Ce matin j’étais en Skype avec la Chine pour la tournée d’un spectacle en Asie, après je vais gérer tous les emails et la gestion de la structure. De 12h à 14h30 je travaille pour l’instant sur la traduction de notre prochaine production. De 14h30 à 18h je fais mes répétitions, puisque c’est moi qui interpréterai l’un des rôles principaux. De 18h30 à 20h30, comme je suis aussi directeur de l’Académie (École supérieure professionnelle de théâtre du Limousin), je reçois deux élèves pour échanger avec eux, et puis après je dois assister aux répétitions d’une autre production que nous accompagnons. Et le soir je vais rentrer chez moi vers 23h, gérer tous les emails, et recadrer mon planning du lendemain qui est fait par la directrice adjointe. Les journées sont riches et variées mais leur densité ne faiblit pas. »

Tour à tour producteur, programmateur, auteur, comédien, Jean Lambert-wild insiste sur l’implication/expérience artistique que doit avoir tout directeur artistique. Mais pour lui, ce travail de l’artiste, passionné, instinctif, ne peut se faire sans une part de pragmatisme propre au chef d’entreprise. « Moi j’admets que je suis un chef d’entreprise. On peut être un chef d’entreprise et un artiste. On veut être dans une vision un peu ”glamour” de tout ça, mais vous ne pouvez pas être un directeur artistique si vous n’êtes pas dans une logique entrepreneuriale avec la rigueur, l’engagement et l’acharnement que cela exige. » Ce qui lui permet finalement de retrouver ses aspirations de jeunesse… « Le théâtre, je crois que c’est le plus beau bateau au monde. J’ai l’impression d’avoir autrement réalisé mon rêve d’enfant qui était d’être capitaine de bateau. Je mène chaque jour des explorations et des voyages vers de de nouveaux projets…. E la nave va ! »

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Mots-clés : métierdirecteur artistique