Carrière
Jeunes cadres, comment prendre un nouvel élan ?
Déjà senior, toujours "jeune cadre"... le sommet de votre carrière ? Sauf qu'on peut hésiter devant vos exigences et vos prétentions salariales. Comment vous "vendre" au mieux pour prendre un nouvel élan ?
Interview croisée de 2 cadres trentenaires qui viennent de décrocher leur nouveau poste
- A tout juste 31 ans et jeune maman d'un garçon âgé de 3 mois, Emeline vient de prendre la direction internationale des relations presse du site d'un rencontres.
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Du même âge, Yann a très récemment été promu directeur du pôle
événement d'une agence de communication spécialisée dans les RH.
Pour obtenir votre poste, quels atouts avez-vous mis en avant ?
Emeline : J'ai démontré la dynamique de mon parcours. J'ai changé de poste tous les 2 ans, pour progresser et compléter mon expertise. Et pour justifier ma volonté de travailler à l'international, j'ai cité des projets sur lesquels j'ai déjà coordonné des équipes multiculturelles et assuré les relations presse au niveau européen.
Yann : Moi, je mise sur la complémentarité de mes compétences. Je suis ingénieur de formation, ce qui garantit rigueur et savoir-faire technique. Puis L'Oréal - où j'ai débuté - m'a offert l'opportunité de changer de métier : j'ai déployé le site de recrutement à l'international. C'est à l'occasion d'un recrutement sur un jeu virtuel que j'ai été embauché pour développer le pôle événement d'une agence de communication. C'est ma personnalité qui a fait la différence : il a constaté que je suis très fédérateur : j'avais réussi à mobiliser mes équipes autour d'un projet novateur.
Comment vous êtes-vous positionné en terme de salaire ?
E.: Ce n'est pas facile, surtout quand vous êtes jeune et que vous n'avez pas la carte grande entreprise ou grande école sur votre CV. J'ai donc accepté des concessions : un salaire moins élevé pour commencer, avec négociation possible une fois que j'aurais obtenu les 1ers résultats.
Y. : Contrairement à Emeline, je n'ai pas eu à négocier car j'étais dans une position assez confortable. Je ne voulais pas prendre le risque de quitter un grand groupe comme L'Oréal sans une évolution de salaire d'au moins 15%. J'ai joué quitte ou double, et ça a marché.
Dans votre tranche d'âge, la famille ne devient-elle pas un frein ?
E. : Je ne sais pas, mais la question est revenue souvent. Comme j'ai un enfant en bas âge, tous les recruteurs m'ont interrogé sur mon organisation familiale. Je devais rassurer : expliquer que j'ai une solution de garde, ma famille à proximité, mon mari qui peut prendre le relais. Mais je ne voulais surtout pas que les recruteurs s'arrêtent pas à ma seule situation familiale, je montrais que j'étais passionnée par mon métier.
Y.P. : Je ne l'ai jamais ressenti, ni eu à répondre à des questions. Peut-être parce que je suis un homme ? Pourtant, j'ai demandé à pouvoir travailler de chez moi 1 à 2 jours par semaine. Mon employeur n'a pas été choqué, car je lui avais déjà prouvé que j'étais prêt à m'investir et à relever son nouveau challenge.
Avez-vous évoqué votre plan de carrière ? Si oui, comment ?
Y. : Je n'ai pas peur de mes ambitions. J'ai joué carte sur table : dans 5 à 10 ans, j'ai envie de monter une entreprise. Ce côté "entrepreneur" séduit souvent les entreprises, qui ont la preuve que je vais de l'avant. L'essentiel est de bien se renseigner en amont pour adopter un discours conforme à la culture de l'entreprise qui vous recrute.
E.: Je suis d'accord : j'ai toujours affiché mes ambitions. Je dis clairement que je veux évoluer vers des responsabilités managériales. L'essentiel est de montrer que je ne recherche pas une carte de visite ou le prestige, mais à relever des challenges intéressants.
7 ans d'expérience, et maintenant ?
Déjà senior, toujours "jeune cadre"... le sommet de votre carrière ? Sauf qu'on peut hésiter devant vos exigences et vos prétentions salariales. Comment vous "vendre" au mieux pour prendre un nouvel élan ?
Vous avez la trentaine et, a priori, vous êtes la perle rare tant
convoitée par les recruteurs. Mais votre ancienneté ne suffit pas à
justifier vos ambitions : il va vous falloir démontrer votre valeur
ajoutée, exemples à l'appui.
Proposer une "offre de
services" qui fait mouche. C'est la stratégie adoptée par
Franck Verhille, 31 ans, pour décrocher un poste d'auditeur interne
senior au sein d'un des principaux équipementiers du secteur des
télécommunications. Fort d'une belle progression au sein du cabinet
Ernst&Young, ce diplômé de l'ESC Dijon avait un plan de carrière bien
défini en tête : "Je voulais évoluer vers un poste opérationnel, avec un
passage par l'audit interne, considéré comme un vivier et donnant une
vision globale du groupe. J'ai bâti mon CV en conséquence, avec des
exemples qui démontrent la cohérence de mon projet". Reste à convaincre
en entretien : "ce n'est pas facile, concède-t-il. J'ai mis en avant
mes expériences correspondant aux besoins de l'entreprise : j'ai cité
des missions d'audit interne, des expériences dans le secteur des
télécommunications, insisté sur les nouvelles lois américaines sur la
sécurité financière que je connais bien".
Afficher
sa maturité s'avère également payant. A 32 ans,
Renaud* postule à la direction commerciale d'une société éditrice de
logiciels, pour un salaire annuel de 100 000 euros. Un investissement
qui représente un véritable pari pour la petite entreprise de 25
salariés, Renaud le sait bien. C'est pourquoi il n'a qu'un mot d'ordre
en tête : rassurer ! "Je suis resté concret : j'ai parlé des chiffres
que j'avais obtenus dans le passé, de la façon dont je pouvais
transposer mes méthodes", raconte-t-il. Vincent Molinari, du cabinet de
recrutement Attitudes, a confiance dans sa maturité. "En entretien,
Renaud reste très posé, gère bien le stress". Mais il reste une inconnue
: il n'a jamais managé. "J'ai cité des expériences où je devais
orchestrer des réseaux de vente indirecte. C'est une 1re approche du
management", justifie Renaud, sûr de son potentiel.
Ajuster
ses prétentions salariales. Kambiz Yazdi, 28 ans, contrôleur
financier, essuyait toujours la même réponse : "bon profil, mais trop
cher". "Je ne pensais pas avoir tant de mal", concède-t-il aujourd'hui.
Ce diplômé de l'ESC Bordeaux a alors entamé une remise en question avec
le cabinet Atmosphère Coaching : "J'étais trop exigeant : je voulais
augmenter mon salaire, avoir des perspectives d'évolution... Je faisais
peur aux recruteurs". Pour décrocher son poste dans un palace parisien,
Kambiz a donc fait des concessions : "j'ai le même niveau de salaire
qu'avant, mais je peux le négocier dans un an, une fois que j'aurai
démontré mes compétences, avec en ligne de mire un poste d'assistant
directeur financier".
Se positionner en apporteur
d'affaires. Un IUP d'informatique industrielle, 5 ans d'expérience
chez un distributeur, 3 ans chez un fournisseur : le CV de Laurent*, 31
ans, égrenait un parcours idéal. "J'étais régulièrement contacté par des
chasseurs de têtes ", se félicite cet ingénieur avant-vente. Il
n'empêche : "pour évoluer vers un poste commercial, je devais me
positionner en apporteur d'affaire, en me basant sur ma connaissance du
marché côté clients et côté technique". Une double carte de visite qui
lui permet d'afficher un solide portefeuille de contacts et surtout une
capacité à répondre en temps réel aux questions des clients. Il n'en
fallait pas plus pour convaincre un fabricant d'informatique, qui s'est
aligné sur ses prétentions : "j'ai négocié 15% d'augmentation de
salaire", se félicite-t-il.
* Le prénom a été changé
pour respecter l'anonymat du témoin.