Cadres

"Remettre en cause sa façon de travailler, c'est très positif"

Isabelle Sathicq coach et fondatrice d'Exvolutis RH

 

Pourquoi est-il si difficile de prendre conscience que le problème vient de soi quand quelque chose ne fonctionne pas au boulot ?
Il est toujours plus confortable pour soi et son ego de trouver des explications extérieures à ses propres difficultés... C'est humain. Pour se poser la question de ce qui ne fonctionne pas dans sa façon de travailler, il faut faire preuve d'un certain courage, c'est en même temps très positif : cela prouve que l'on est conscient, responsable et acteur de ce qui nous arrive.

Comment arriver à rectifier le tir ?
La 1ère règle, quand quelque chose ne fonctionne pas, c'est d'arrêter de se mettre dans la position de la victime. La condition du changement, c'est de nous apercevoir que nous participons à notre insu au dysfonctionnement dont nous nous plaignons et que nous en tirons un bénéfice ! N'attendez pas que l'on vous tende des perches pour que cela aille mieux, mais au contraire analysez comment vous participez à la situation et essayez de vous prendre en main pour sortir de cette impasse. Ensuite, il faut relativiser, car les cadres rencontrent tous le même genre de difficultés le plus souvent liées à leur personnalité : la gestion des priorités, les difficultés à manager ou à prendre des décisions... Avec un peu de méthode, ces aspects peuvent être améliorés.

Est-ce mauvais signe lorsque la DRH ou la hiérarchie vous propose de vous faire coacher ?
Non, c'est même tout le contraire ! Une direction des ressources humaines qui propose à un de ses cadres des séances de coaching le fait comme un investissement. Cela veut dire qu'elle mise sur les compétences de la personne et qu'elle ne veut pas le perdre. Sinon elle lui proposerait plutôt de l'outplacement.

Pourquoi ça ne tourne pas rond dans mon job ?

Motivation en berne ? Difficulté à gérer vos priorités ? Vous avez le choix entre la politique de l'autruche ou une petite introspection, histoire de comprendre où se situe le problème. Témoignages de cadres qui ont eu le "déclic".
  • Stéphane, chef de projet dans le bâtiment, a appris à gérer son temps.
    - La situation : "Je travaille dans une petite entreprise où tous les projets tombent en même temps. Je suis sans arrêt au four et moulin, sollicité pour suivre des chantiers ou gérer de l'administratif. Du coup, j'ai du mal à faire avancer les choses de façon homogène. J'en étais arrivé à passer beaucoup de temps sur certains projets et à en négliger totalement d'autres. J'avais sans arrêt la tête sous l'eau."
    - Sa 1ère réaction : "Je savais que mes performances n'étaient pas optimales mais je me disais que cela venait du mode de fonctionnement de l'entreprise qui n'était pas assez structuré. Je m'exonérais aussi en me disant que l'on me surchargeait de travail."
    - Son déclic : "Dans la vie je suis quelqu'un qui a besoin de nouveaux challenges et qui se lasse assez vite des choses. J'ai pris conscience que cela se traduisait dans mon travail par des difficultés à m'investir sur des projets à long terme et une propension à privilégier les nouveaux projets quitte à en négliger d'autres."
    - Sa méthode : "J'ai appliqué une méthode basique qui consiste à hiérarchiser mes tâches par ordre de priorité. Je me suis aussi forcé à les "timer", c'est-à-dire à accorder une durée maximale à chacune. C'est un excellent moyen d'améliorer son rendement."
  • Julie, journaliste chef de rubrique, a fait évoluer son image
    - La situation : "Depuis plusieurs mois, je gérais une rubrique et manageais 2 journalistes au sein de la rédaction, mais je n'avais pas le titre de chef de rubrique. Après mon entretien d'évaluation, j'ai eu l'heureuse surprise d'être nommée chef de rubrique avec comme consigne de m'imposer dans mon poste."
    - Sa 1ère réaction : "Pour moi fondamentalement, rien de changeait : je continuais de travailler sur les mêmes sujets avec les mêmes personnes... J'ai eu un peu de mal à endosser spontanément l'habit de chef que l'on m'avait accordé, mais je n'y ai pas fait attention, je me disais que c'était juste une question de temps."
    - Son déclic : "J'ai assez vite réalisé que ce que l'on attendait de moi, c'était que je porte cette rubrique, que j'y apporte du sang neuf. Mais ça n'était possible que si je m'emparais de ce titre que l'on m'avait donné. Si je ne rectifiais pas le tir rapidement, je me mettais en danger vis-à-vis de ma hiérarchie."
    - Sa méthode : "J'ai modifié mon image aussi bien à l'intérieur de la rédaction qu'à l'extérieur. Avec les journalistes, j'ai adopté un mode de fonctionnement plus formel : réunions officielles et mails ont remplacé les discussions sur des coins de table. A l'extérieur, je me suis repositionnée vis-à-vis de nos sources de façon à devenir la référente de cette rubrique."
  • Patrick, cadre dans l'industrie, est sorti de sa réserve
    - La situation : "Je travaille dans une société de développement de logiciels, sur un poste technique. J'ai choisi une grande entreprise plutôt qu'une SSII parce que je savais que les possibilités d'évolutions y seraient meilleures. Au bout de plusieurs mois j'ai d'ailleurs eu envie de m'orienter vers des fonctions plus "business"... mais j'ai réalisé que je ne connaissais pas grand monde à l'extérieur de mon service et que les autres ne me connaissaient pas non plus."
    - Sa 1ère réaction : "Je me suis attaché à une seule chose : répondre à mes objectifs et me concentrer sur le boulot. J'étais persuadé que c'était uniquement là-dessus que je serai jugé."
    - Son déclic : "Quand je me suis porté candidat à d'autres fonctions, j'ai compris que je n'avais aucun appui dans les autres services. Même si j'avais fait mes preuves, je donnais l'impression de quelqu'un de totalement transparent, qui n'avait pas l'ouverture d'esprit nécessaire pour évoluer. Il fallait que ça change."
    - Sa méthode : " Je me suis employé à me faire connaître. J'ai multiplié les déjeuners avec des cadres d'autres services et puis je me suis engagé dans des activités au sein de l'entreprise pour rencontrer des gens de façon transversale, en dehors du boulot, pour avoir des appuis et travailler mon image".
  • Michel, cadre dans l'industrie, a finalement réussi à succéder à son patron charismatique
    - La situation : "Après plusieurs années dans l'entreprise, j'ai été choisi pour remplacer mon patron à la tête d'une des usines du groupe. Je prenais la relève d'un personnage très charismatique et j'avais un peu de mal à relever le défi, au niveau de la personnalité en tout cas. En plus, au lieu de m'appuyer, la direction n'a manifesté aucun signe officiel de ma nomination."
    - Sa 1ère réaction : "J'ai continué mon boulot sans changer grand-chose finalement, puisque je connaissais déjà tout le monde sur place. Je me présentais de la même façon au téléphone, je déjeunais avec mes anciens collègues..."
    - Son déclic : "A un moment donné j'ai réalisé que dans ma tête je n'arrivais pas à monter la marche, à gravir l'échelon. C'était comme si je ne me sentais pas appartenir au monde des chefs. Si je continuais à avoir un comportement en décalage avec mes fonctions, je ne serais jamais officialisé par la direction."
    - Sa méthode : "Au départ j'ai fait des choses un peu "contre nature" : je me suis forcé à aller déjeuner avec les directeurs d'autres centres de production. Ca n'était pas naturel pour moi, mais je me suis inclus dans le réseau de la direction du groupe, j'ai fait en sorte d'être invité aux comités directeurs et j'ai aussi trouvé le courage d'aller revendiquer auprès des RH une officialisation de mon titre."
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