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Retourner travailler dans sa région

Retourner travailler dans sa région

Reprendre le chemin de sa région d'origine? Un projet qui peut s'avérer gagnant. Témoignages et conseils pour un retour au pays réussi.

 

Qu’est ce qui fait rentrer les cadres ? Les raisons sont souvent à chercher du côté personnel : se rapprocher de sa famille, retrouver ses racines... Une rupture professionnelle peut aussi faire office de déclencheur vers un nouveau départ. Après ses études à l'Edhec de Lille, Hélène Delcambre a vécu et travaillé en Angleterre, puis à Nice et Strasbourg. Lorsqu'elle décide, suite à un licenciement et pour des raisons personnelles, de changer complètement d'orientation, c'est à Lille qu'elle revient, 7 ans après son départ. Elle y intègre l'école d'infirmières. "C'était plus simple car j'y avais déjà un début de réseau. Et ça m'a permis de me rapprocher de ma famille."

La démarche peut aussi coïncider avec une opportunité de carrière. C'est ce qui s'est passé pour Amandine Lacaze, qui ne pensait pas retrouver son sud natal de sitôt, après 5 ans passés à Paris. Mais lorsque sa société, ProBTP, lui propose de prendre en main la création d'une plate-forme d'appels à Sophia Antipolis, elle n'hésite pas longtemps. "Le projet m'intéressait et je sais que j'ai de la chance de revenir dans la région avec un poste à la hauteur, je connais des gens qui aimeraient bouger mais ne trouvent pas de travail."

Partir "la fleur au fusil" ? Périlleux. "Souvent les cadres ne se sont pas renseignés sur le marché de l’emploi avant d'arriver, et se mettent dans une position difficile", constate Patricia Gagnerault, consultante à l'Apec de la Rochelle. Les offres d'emploi de la région, les indicateurs économiques de la Chambre de commerce et d’industrie, la presse locale... "En partant des réalités locales et pas seulement de son propre projet, on multiplie ses chances", souligne sa collègue Stéphanie Morin.

Mais certains savent mettre toutes les chances de leur côté. Frédérique Deloffre-Vye, après 5 ans à Paris en tant que DRH chez L'Oréal, a voulu retrouver la Charente Maritime avec son mari. "J'ai étudié les entreprises de la façade atlantique et parlé de mon projet avec mon réseau professionnel de Paris mais aussi de Poitou-Charentes, avec qui je n'avais pas perdu le contact." Cela fait maintenant 1 an que Frédérique est revenue et a crée son entreprise de coaching, Croissens Consulting. Et elle en profite pleinement, d'autant que son nouveau projet professionnel lui correspond bien. "J'avais regardé dans un premier temps les offres d'emploi, mais aucune ne correspondait aux responsabilités que je visais."

Sacrifices et bénéfices dans la balance. Car lorsqu'on souhaite changer de région, il ne faut pas s’attendre à obtenir systématiquement le même poste ou le même salaire. "Si on "verrouille" le point de chute géographique, il faudra déverrouiller tout le reste : fonction, responsabilité, statut, rémunération", avertit Stéphanie Morin. Mais retrouver sa région d'origine signifie aussi renouer avec un réseau dont on ne soupçonnait parfois pas l'étendue. "Depuis que j'ai pris la décision de retourner à Lille, tout est simple !", se réjouit Thomas Ergand, un cadre de la grande distribution encore basé à Strasbourg. "J'ai décroché un entretien grâce à un ami et je sens que mes proches s'impliquent activement pour faciliter mon retour dans le Nord." Une région que le jeune homme n'avait jamais vraiment quittée dans son cœur : "je regardais toujours la météo de Lille..."

4 réflexes gagnants avant de retourner travailler dans sa région d'origine

Stéphanie Morin, consultante à l'Apec de La Rochelle

  • 1. Prospectez ! Une "enquête" en règle est indispensable avant de partir. Etudiez les grands secteurs d'activité de la région qui vous intéresse, les entreprises, leur taille, les profils recherchés... Vous pourrez ainsi valoriser votre expérience par rapport aux attentes du marché du travail local.


  • 2. Regardez les offres d’emploi. Les annonces vous donnent le "pouls" économique local. Elles vous renseignent sur le type de postes offerts, les compétences particulièrement demandées, les entreprises qui recrutent, les niveaux de rémunération,... Une mine d'informations de qualité.


  • 3. Activez votre réseau. N’hésitez pas à mobiliser votre famille et vos amis présents sur place, mais aussi des clients, fournisseurs, concurrents... et parlez leur de votre projet. Sachant qu’il est toujours plus facile de les contacter tant que vous êtes encore en poste.


  • 4. Soyez prêt à faire certaines concessions. Selon l'endroit où vous allez, attendez-vous à ne plus avoir tout à fait le même poste, et souvent à faire quelques sacrifices sur le salaire. Cela fait partie des contraintes à accepter pour mener son projet à bien !


"Les personnes les plus mobiles sont celles qui déclarent le plus volontiers avoir un lieu auquel elles tiennent."

France Guérin-Pace, chargée de recherche, Ined

  • 1. Vous avez participé à la conception de l'enquête "Histoire de vie" (Insee 2003-2004), qui explore la construction de l'identité. Quelle place tient le lieu dans cette construction ?
    Lorsqu'on pose la question "Qu'est-ce qui vous définit ?", plusieurs références entrent en compte : la famille, la profession, les amis... Pour plus du 1/3 des personnes interrogées, le lieu d'attachement se classe juste après ces trois items, il tient donc une place importante. Il s'agit souvent du lieu de naissance ou de celui dans lequel on a des projets. Ces 2 endroits peuvent d’ailleurs être le même.


  • 2. Comment expliquer l'attachement à un lieu ?
    C'est la trajectoire de chaque individu qui permet d'expliquer l'attachement : généralement, les personnes les plus mobiles géographiquement sont aussi celles qui déclarent le plus volontiers avoir un lieu auquel elles tiennent particulièrement. A l'inverse, les gens qui ont toujours vécu dans la même commune ne s’y sentent pas forcément attachés, comme s'il fallait s'être éloigné pour mieux ressentir le lien.


  • 3. Pourquoi certains cadres souhaitent revenir dans leur région d'origine ?
    On constate d’abord que certaines régions ont un pouvoir identitaire plus fort que d'autres. On se déclare volontiers Breton(ne), Corse ou Alsacien(ne), alors qu’un natif du Centre ne s'identifiera pas forcément à sa région d'origine. Par ailleurs, la mobilité ne concerne plus seulement les cadres mais un large public, et aboutit à des trajectoires de plus en en plus complexes. Cependant, ce ne sont pas les cadres qui ont le plus fort attachement à leur région d'origine : les personnes d'autres catégories socioprofessionnelles (commerçants et artisans, agriculteurs notamment) ont plus souvent le projet d'y rester ou d'y retourner.



Ined : Institut national d'études démographiques