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Le télétravail, un mode d'organisation encore en rodage

Le télétravail, un mode d'organisation encore en rodage

Nombre d'activités pouvant s'exercer à distance, les cadres travaillent régulièrement hors des murs de leur entreprise. Pourtant peu d'entre eux ont un contrat de télétravailleur. Les freins sont-ils culturels ou administratifs, du côté des salariés ou des entreprises ?

 

Le télétravail n'est pas une activité en soi, mais un mode d'organisation qui a une réelle existence juridique. De nombreux cadres y ont goûté, travaillant à distance de chez eux ou en déplacement. L'accord cadre européen signé le 16 juillet 2002 est clair : Le télétravail utilise "les technologies de l'information, dans le cadre d'un contrat ou d'une relation d'emploi, dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l'employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière". En clair, sont télétravailleurs les "nomades", notamment les commerciaux soumis à une grande mobilité géographique et tous ceux qui oeuvrent depuis leur domicile de façon permanente ou alternée, voire dans des télécentres, avec des salariés d'autres entreprises. Presque toutes les fonctions cadres du tertiaire peuvent être concernées dès lors qu'elles ne requièrent pas une présence permanente, du comptable à l'informaticien en passant par le juriste d'entreprise ou le chargé d'étude. Malgré cette diversité de métiers, les travailleurs représentent à peine 10 % de la population active...

Séduisant, le télétravail ne présente pourtant pas que des avantages pour les cadres. Temps de déplacement et frais de transport en baisse radicale ; liberté d'horaires absolue ; interruptions intempestives et réunions imprévues éradiquées sont des "plus" évidents. Le télétravail permet ainsi une meilleure efficacité et un stress moindre. Cependant, il ne faut pas occulter le sentiment d'isolement, la peur de perdre contact avec son entreprise et de rater une promotion, la difficulté de séparer sphères professionnelle et privée... Tous les cadres ne sont pas prêts à se prendre en charge (loin de leur équipe, voire de leur assistante) et à comptabiliser leurs frais professionnels (repas, transport, matériel, local...).

Les entreprises françaises hésitent à généraliser ce mode de travail malgré de nets avantages, comme l'augmentation de la productivité et une économie logistique. Malgré ces réticences, la France est pour autant dans la moyenne européenne. Mais certains de ces voisins sont plus avancés. Alcatel en Belgique a ainsi donné un bel exemple en 2001 en permettant à 30 % de ses salariés de télétravailler. Exemple qui n'a pas été suivi dans la filiale française. Est-ce du à un problème juridique ? Le télétravail est régi par le Code du travail (Articles L 721-1 à L721-) et nécessite un contrat écrit précis, mais simple (*). La vraie raison de la frilosité française est davantage culturelle. Car le télétravail implique de s'adapter à une nouvelle forme de management où les objectifs se substituent aux heures de présence et la coordination à la surveillance.


(*) Un contrat de télétravail doit stipuler :
- l'identité de l'employeur (et du salarié, bien sûr)
- le salaire prévu
- le lieu choisi par le télétravailleur pour l'exécution du contrat
- la description du travail à accomplir
- la commission paritaire compétente et la convention collective applicable
- le droit de retour à l'emploi antérieur
- la formation continue
(articles L 721-1 à L721-8 du Code du Travail).

"La plupart des cadres télétravaillent déjà..."

Nicole Turbé-Suetens, consultante du cabinet Distance Expert

Le télétravail s'adapte facilement aux métiers du tertiaire, qui peuvent très souvent s'exercer à distance, et ne nécessitent pas une présence obligatoire. Le cadre autonome est le meilleur candidat au télétravail, mais n'importe quel cadre du tertiaire pourrait l'être. Il suffit qu'il ait les aptitudes à se prendre en main seul et que son management se fasse par objectif - ce qui n'est pas totalement entré dans les moeurs françaises...
De nos jours la plupart des cadres télétravaillent déjà régulièrement, par débordement ! Souvent parce qu'ils se déplacent beaucoup, ou qu'ils emportent du travail à la maison. Pourtant peu ont décroché un contrat de télétravail en bonne et due forme. Certaines entreprises avancent des aspects juridiques trop lourds et non maîtrisés mais ce sont de faux prétextes. Assurance du salarié et du matériel à distance, protection et sécurité des données, tout peut être bordé dans un contrat de télétravail. Si de grosses entreprises semi-publiques ou publiques comme EDF ont réussi à mettre en place cette nouvelle organisation de travail, il n'y aucune raison pour que celles de droit privé ne puissent pas le faire. C'est certainement aux cadres qu'il reviendra de faire évoluer les mentalités pour imposer le télétravail officiel et non plus clandestin.

  • Nicole Turbé-Suetens est également membre du groupe de travail "e-travail", dans le cadre du forum des droits sur l'Internet, et participe à l'étude Eurobarometer sur le télétravail de la Commission européenne.

Alain Mathivat, chargé d'analyse prospective, France Télécom

"Le télétravail, une meilleure qualité de vie"

Depuis quand télétravaillez-vous ?
Cela fait 25 ans que je suis cadre chez France Télécom et je suis télétravailleur alterné depuis trois ans. Mon alternance, c'est 40 % de mon temps à domicile, et 60 % dans un bureau de passage dans les locaux de la société à Clermont-Ferrand. Ma situation est formalisée dans un avenant à mon contrat de travail qui spécifie les responsabilités de l'employeur et du télétravailleur.

Pourquoi avoir choisi ce mode de travail ?
Je le souhaitais depuis longtemps. Le télétravail, c'est une souplesse de programmation, une plus grande concentration et surtout une meilleure qualité de vie. J'habite en zone rurale, à une heure en voiture de Clermont-Ferrand, et je peux ainsi réduire le nombre de trajets. Ce mode d'organisation, par ces divers aspects, me satisfait totalement. Il nécessite rigueur et honnêteté et n'apporte aucune perturbation sur mon activité professionnelle.

Et d'un point de vue pratique, comment vous organisez-vous ?
J'ai un bureau dédié à la maison et un équipement adapté pour exercer dans de bonnes conditions. J'ai fait trois mois de test dans un premier temps. Cela s'est bien passé. Mon contrat de télétravailleur contient un protocole d'accord qui est reconduit tous les ans. Bien entendu, pour conserver l'efficacité des relations professionnelles, l'alternance est indispensable et je me rends régulièrement dans l'entreprise. Ce qui est sûr, c'est que le télétravail stimule l'usage des outils de travail coopératifs : l'audioconférence et le partage d'applications informatiques n'ont plus de secret pour moi !

Shiva Charman, chargée des ressources humaines, Minspeed Technologies, Sophia-Antipolis

"Le télétravail, une question de culture"
"Celui qui veut, trouve les moyens, celui qui ne veut pas, trouve les raisons !" C'est le credo du chef de centre de Minspeed Technologies et de sa chargée des ressources humaines, Shiva Charman. Les moyens de télétravailler, la société américaine les a trouvés il y a déjà quinze ans.
"Cela ne représente que deux personnes sur 30 salariés en France, contre 13 sur 50 en Europe et 150 sur 600 dans le monde" explique Shiva Charman. Les télétravailleurs de Minspeed France sont un architecte concept et un commercial. Ils travaillent chez eux ou dans les bureaux loués pour eux à Paris. "Je suis toujours étonnée de la frilosité française. L'employeur préfère avoir ses salariés sous les yeux, car il a peur du risque. Mais où est le risque dans le télétravail ? A distance ou pas, quand un salarié ne fait pas l'affaire, on le repère ! Nos télétravailleurs sont des cadres parce que nous avons surtout cette population chez nous. D'une façon générale, je ne vois aucun frein à étendre le télétravail à des non-cadres et à presque tous les métiers. Il suffit d'être organisé, équipé d'outils adéquats (ordinateur, téléphone/fax), autonome et savoir gérer son temps. Le manager, bien formé à l'encadrement, communique et coordonne à distance, et rencontre les membres de son équipe mensuellement ou trimestriellement.
Mais c'est difficile à mettre en place ici. La France est un pays où la présence physique reste importante !"

Les chiffres

En Europe, les télétravailleurs (indépendants et salariés confondus) représentent :

  • 23 % des travailleurs au Danemark
  • 20 % aux Pays-Bas
  • 18 % en Suède
  • 8 % en France, qui arrive en 7e position...

La moyenne européenne est de 9 %.

Source : enquête Eurobarometer octobre 2002 commandée par l'Union européenne, www.eurosfaire.prd.fr/ist/documents/pdf/CollabWorkBroch.pdf

Les liens

Votre site apec.fr vous offre la possibilité de gérer vos candidatures en ligne.
Il vous présente de façon détaillée l'activité, l'organisation, les métiers, la politique de ressources humaines et les besoins en recrutement de plusieurs centaines d'entreprises dans la rubrique "Les entreprises qui recrutent".


Sites des entreprises et organismes cités :
http://distance-expert.com : le site du cabinet conseil Distance-expert spécialisé dans le télétravail offre beaucoup d'informations pratiques et juridiques sur le sujet.
www.teletravailenfrance.com : Alcatel, forte de son expérience en Belgique, a créé un site dédié au télétravail en France.
www.alcatel.be/telework/fr/index.jhtml : le site sur le télétravail d'Alcatel Belgique
www.francetelecom.fr/fr/groupe/index.html : site du groupe France Télécom
www.mindspeed.com : société américaine, centre de recherche et de développement dans l'accès au réseau et télécommunication
www.eurosfaire.prd.fr/ist/documents/pdf/CollabWorkBroch.pdf : l'ensemble de l'enquête Eurobarometer sur le télétravail en Europe.
www.foruminternet.org/groupes_travail/lire.phtml?id=656 : groupe de travail sur l'e-travail, forum des droits sur Internet

Informations complémentaires :
www.aftt.asso.fr : le site de l'association française de tététravail

Les livres

  • Travail, réseaux et territoires, Repenser le télétravail ? Les Cahiers pratiques du développement numérique des territoires, Caisse des dépôts et consignations (CDC), La documentation Française, 2003

  • Je veux du temps pour moi, Apec, Editions d'organisation, 2002

  • L'entreprise virtuelle, Denis Ettighoffer, Editions d'Organisation, 2001